Peut-on faire son état des lieux soi-même, sans agence ni huissier ? Oui — c'est légal et parfaitement solide, à condition qu'il soit contradictoire (fait à deux), signé et annexé au bail. Voici la méthode complète, pièce par pièce, avec les erreurs à éviter et une check-list à imprimer.
Puis-je faire mon état des lieux moi-même, sans agence ni huissier ? Et surtout : est-ce que ça vaudra quelque chose le jour d'un litige ? C'est la question que se pose tout bailleur qui gère seul — et la réponse est oui, à condition de savoir comment.
Je fais mes états des lieux moi-même depuis 2008. En dix-huit ans, je n'ai jamais payé une agence ni un huissier pour un état des lieux de routine — et je n'ai jamais eu un seul EDL retoqué pour ça. Ce n'est pas une prise de risque : c'est la règle, pas l'exception. La loi n'a jamais imposé de professionnel pour établir un état des lieux.
Ce guide est le dossier complet que j'aurais aimé avoir à mes débuts : ce que dit la loi, la méthode pièce par pièce, les erreurs qui coûtent cher, le cas du meublé, la conservation — et une check-list à imprimer. À la fin, vous saurez faire un état des lieux qui tient, seul, sans payer un tiers.
Oui, vous pouvez établir votre état des lieux vous-même : la loi ne l'exige d'aucun professionnel. L'article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989 le dit noir sur blanc — l'état des lieux est « établi contradictoirement et amiablement par les parties ou par un tiers mandaté par elles ». Autrement dit, un état des lieux fait par le bailleur et le locataire, ensemble, a exactement la même valeur que celui d'une agence.
Ce qui fait sa solidité, ce n'est pas un tampon, ce sont trois conditions :
Réunissez ces trois-là, et votre état des lieux est aussi opposable que n'importe quel autre.
Beaucoup croient qu'un état des lieux « sérieux » passe forcément par un huissier — aujourd'hui commissaire de justice. C'est faux. Le commissaire de justice n'est pas le mode normal : c'est un recours, prévu par le même article 3-2, pour le cas où l'état des lieux ne peut pas se faire à l'amiable — locataire qui refuse, qui est absent, désaccord bloquant. Il intervient alors « sur l'initiative de la partie la plus diligente, à frais partagés par moitié ».
En dix-huit ans, je n'y ai jamais eu recours pour un état des lieux ordinaire. Réservez-le aux blocages réels : le payer par défaut, c'est dépenser pour une solennité dont votre EDL n'a pas besoin. Ce qui compte devant un juge, ce n'est pas qui a tenu le stylo — c'est le contradictoire et la preuve.
Vous avez trois façons de faire établir un état des lieux. Toutes sont légales ; elles n'ont ni le même coût, ni le même intérêt.
| Mode | Coût | Valeur juridique | Quand c'est pertinent |
|---|---|---|---|
| Vous-même (bailleur + locataire) | Gratuit | Pleine — si contradictoire, signé, annexé | Le cas normal. La règle, pas l'exception. |
| Agence / mandataire | Facturé (part locataire plafonnée par la loi) | Pleine — si contradictoire, signé, annexé | Si vous déléguez déjà toute la gestion |
| Commissaire de justice (ex-huissier) | Élevé (honoraires ; frais partagés par moitié en cas de recours) | Très forte (constat) | Biens à fort enjeu, sorties litigieuses, refus/absence |
Le bon réflexe : faites-le vous-même par défaut, et gardez le commissaire de justice pour les cas où l'enjeu ou le blocage le justifient (on y revient plus bas).
Vous pouvez faire un état des lieux valable sur un formulaire papier — je l'ai fait pendant des années. Mais une application ne fait pas la même chose « en mieux » : elle fait des choses que le papier ne fera jamais.
Reste à choisir laquelle. Je les ai comparées ici, honnêtement, prix et fonctions à l'appui : comparatif des applications d'état des lieux.
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Essayer EDL N°1 → EDL N°1 — 59 €, sans abonnement →Un bon état des lieux se prépare avant d'arriver sur place. Cinq minutes d'anticipation évitent de bâcler faute de temps ou d'oublier une mention obligatoire.
| À préparer | Pourquoi |
|---|---|
| Le bail | L'état des lieux s'y annexe ; les deux forment un tout |
| De quoi relever les compteurs (eau, électricité HP/HC, gaz) | Relevés d'index obligatoires au décret 2016-382 |
| Les clés à remettre (+ badges, télécommandes) | Leur détail et leur destination sont une mention obligatoire |
| Le matériel de test | Pour allumer chaque lumière, ouvrir chaque robinet, tester chaque prise si besoin |
| Votre smartphone chargé / l'application | Photos par élément + dictée vocale |
| Du temps — et un café pour le locataire | C'est un moment important, pas une formalité à expédier |
C'est le cœur du travail. Avant la technique, un principe qui change tout :
Noter un défaut, ce n'est pas se priver d'un dédommagement à la sortie — c'est prouver qu'on note tout.
Si un dommage n'apparaît pas dans l'état des lieux d'entrée alors que vous notiez le moindre défaut, c'est forcément qu'il est survenu pendant la location. L'exhaustivité de votre état des lieux devient elle-même votre preuve — et elle montre au locataire que la démarche est honnête des deux côtés.
C'est la routine que j'ai rodée en dix-huit ans, d'abord sur papier, aujourd'hui dans l'application :
Et une règle absolue sur les interrupteurs et l'éclairage : allumez chaque point lumineux, un par un, même en plein jour. C'est le grand classique de l'oubli — l'interrupteur d'entrée qui marche, celui du fond qui ne marche pas.
Dans la cuisine, la salle de bain et la buanderie, on ne se contente pas de regarder — on teste, jusqu'au moindre tiroir :
| Élément | Ce qu'on vérifie |
|---|---|
| Robinetterie | Laisser couler l'eau : débit correct, pas d'obstruction par le tartre (selon la dureté de l'eau de votre région), et joints de siphon qui ne fuient pas |
| Évier / lavabo / douche | Écoulement, bonde, joints silicone |
| Chasse d'eau, WC | Fonctionnement du mécanisme |
| Placards, tiroirs | Chacun — ouverture, fermeture, état intérieur |
| Électroménager fourni | Mise en marche réelle (plaques, four, hotte, lave-linge…) |
| VMC / ventilation | Grilles et bouches |
Le reste du logement — entrée, séjour, chambres — suit la même logique de surfaces + ouvertures + équipements. Les extérieurs et dépendances (balcon, cave, garage, jardin privatif) se traitent comme des pièces à part entière : ils font partie du bail, donc de l'état des lieux.
Et pour chaque élément : une description précise (pas « bon état » tout seul) et une photo. Depuis que je travaille dans l'application, ça donne cent à cent vingt photos pour un F5 — la dictée vocale rend ce niveau de détail rapide au lieu d'être décourageant.
Sans électricité, une grande partie de ce qu'il faut vérifier devient impossible à contrôler : éclairages, prises, plaques, four, hotte, VMC, chauffe-eau électrique… Autant d'éléments que vous auriez « validés » sans les avoir vus fonctionner — et qui, s'ils sont défaillants, peuvent coûter cher au moment du départ. Ne faites jamais l'impasse là-dessus. Deux solutions selon le compteur :
Deux éléments sont obligatoires au décret 2016-382 et pourtant régulièrement bâclés — alors qu'ils évitent des litiges entiers.
Louer en meublé ajoute une obligation à l'état des lieux classique : l'inventaire du mobilier. La loi (article 25-5 de la loi du 6 juillet 1989) impose, pour un meublé en résidence principale, un inventaire et un état détaillé du mobilier, annexé au bail au même titre que l'état des lieux.
Ce n'est pas une simple liste. Pour chaque meuble et équipement, on note sa présence et sa quantité (« 4 chaises », « 1 canapé 3 places »), son état — le plus clair étant trois niveaux, bon état / usure normale / dégradé — et, comme le reste, une photo.
Deux pièges :
À la sortie, la vétusté du mobilier joue comme pour le reste : un canapé de huit ans n'est pas un canapé neuf. C'est un sujet à part entière → état des lieux d'un logement meublé. Et c'est exactement pour ça que le mode meublé de l'application propose la liste par pièce, les trois états et la dictée : un inventaire à la main, meuble par meuble, décourage vite.
Un état des lieux doit être contradictoire — fait ensemble. Mais parfois une partie ne peut pas se déplacer. Trois options, par ordre de préférence :
⚠️ Ce qu'il ne faut jamais faire : un état des lieux unilatéral, seul, sans l'autre partie ni son représentant. Sans contradictoire, il ne prouve rien (→ pas d'état des lieux d'entrée).
Un état des lieux ne vaut que par sa forme finale. Trois gestes le transforment en preuve opposable — et ce sont eux qu'on oublie quand on est pressé.
Deux précisions utiles. D'abord, l'état des lieux n'est pas figé injustement : le locataire peut demander à le compléter dans les 10 jours suivant son établissement (et pendant le premier mois de chauffe pour les éléments de chauffage), au titre de l'article 3-2. Ensuite, si vous passez par une application, chaque état des lieux est horodaté de façon incontestable — la date bénéficie d'une présomption légale (règlement eIDAS, art. 41), ce qu'aucune signature papier ne vous donne.
Un état des lieux ne vaut que si vous pouvez le produire le jour du litige — parfois des années plus tard. C'est le talon d'Achille du papier : un classeur égaré, un dégât des eaux, un déménagement, et votre preuve disparaît. Chacune des deux parties garde son exemplaire, en lieu sûr.
Trois niveaux de solidité :
Et pour ne jamais perdre le document : envoyez-vous-le par email juste après la signature. Il quitte votre appareil, atterrit dans votre boîte — la meilleure assurance contre la perte de données.
Tout ce travail d'entrée ne sert qu'à une chose : la comparaison à la sortie. Le décret 2016-382 impose d'ailleurs une forme qui permette de comparer les deux états — c'est la différence entre l'entrée et la sortie qui fonde, ou non, une retenue.
Cette comparaison est ce qui rend une retenue « dûment justifiée » au sens de l'article 22 de la loi de 1989 — après déduction de la part de vétusté, jamais imputable au locataire. Sur les délais, l'article 22 est net : restitution du dépôt sous 1 mois si tout est conforme, 2 mois en cas de retenue, avec une majoration de 10 % du loyer mensuel par mois de retard.
Un réflexe qui vous protège en amont : vous pouvez annexer une grille de vétusté à votre location. Elle accompagne souvent le bail, mais rien n'empêche de la joindre directement à l'état des lieux. Soyons clairs sur ce qu'elle fait : sur du matériel ancien déjà dégradé, elle ne vous aidera pas à récupérer grand-chose — l'abattement d'ancienneté est trop élevé. En revanche, sur du matériel récent, elle vous dégage de toute contestation : le locataire ne peut plus discuter le fait que vous chiffriez un remplacement quasi à neuf, puisque la grille, convenue à l'avance, le prévoit noir sur blanc. Le détail du calcul et une grille type à télécharger sont ici : la grille de vétusté.
Et si le litige s'installe, ou si le locataire est parti sans état des lieux de sortie, deux articles dédiés prennent le relais : état des lieux et litige locataire et pas d'état des lieux d'entrée : les conséquences.
Faire appel à un commissaire de justice (l'ancien huissier) pour un état des lieux est, dans l'immense majorité des cas, un dernier recours : le coût est élevé pour un besoin qui se présente rarement. Mais il y a des situations où l'on ne devrait même pas hésiter.
Comme les artisans qui carrellent votre salle de bain, les commissaires de justice ne se valent pas tous dans leur manière de travailler — j'en ai fréquenté plusieurs. Deux écoles :
Le second est souvent plus cher. Les deux font l'affaire — mais le jour où un dégât est passé inaperçu, c'est le travail du perfectionniste qui vous sauve. Choisissez-le comme un artisan : sur le sérieux et la réputation, pas seulement sur le tarif. Vous en trouverez un sur l'annuaire officiel de la Chambre nationale des commissaires de justice.
Le commissaire de justice est un allié du propriétaire. Mais c'est un professionnel avec sa déontologie… et, parfois, son humanité. J'ai vu un huissier prendre en pitié une locataire en grande difficulté et temporiser dans le recouvrement, au point de lui laisser le temps de s'enfoncer. Avec le recul, il s'est sans doute fait avoir — la personne n'était pas de bonne foi. Mais je préfère un monde où les gens gardent leur humanité plutôt qu'un monde où chacun n'est qu'un outil. C'est une limite à connaître : votre allié reste un homme, pas une machine à recouvrer.
Et n'oubliez pas qu'il est là pour un constat objectif : même si c'est vous le client, s'il estime qu'un mur n'est pas assez dégradé pour justifier une retenue, c'est sa parole qui fera foi — pas la vôtre. On le paie pour son impartialité, pas pour qu'il aille dans notre sens.
La plupart des états des lieux ratés ne le sont pas par mauvaise volonté, mais par excès de confiance. Voici celles qui reviennent le plus — et que j'ai moi-même commises avant de les traquer.
C'est la pire, parce qu'elle est invisible. On teste la lumière en entrant dans la pièce, elle s'allume, on passe à la suite. Sauf que l'interrupteur près du lit, lui, ne fonctionne pas — et on ne l'a jamais actionné. Testez chaque interrupteur, chaque point lumineux, un par un. Corollaire, le grand classique : par beau temps, on ne pense pas à allumer les lumières. Faites-le quand même, en plein jour.
Une prise à moitié arrachée par le locataire sortant — en débranchant un électroménager — puis remise en place proprement ne se voit pas. Deux jours après l'entrée, le nouveau locataire signale qu'elle ne marche pas. Inutile de chercher qui ment : ça arrive régulièrement, on vient vérifier et recâbler. Personnellement, je ne teste pas les prises à chaque état des lieux : ça prend beaucoup de temps et le cas reste peu fréquent — j'assume plutôt d'intervenir vite si besoin. Mais si vous habitez loin du logement, ou que vous devez faire venir une entreprise au moindre problème, alors là, testez-les vraiment plutôt que de les regarder. Dans tous les cas, rappelez au locataire qu'il dispose de 10 jours pour demander à compléter l'état des lieux (article 3-2) sur ce genre de détail passé inaperçu.
C'est LE grand piège — et je suis tombé dedans plus d'une fois, en le sachant pourtant. L'état des lieux est un moment important, pas une corvée à expédier. Ça vaut le coup d'apporter un café au locataire et d'y passer le temps qu'il faut : cette heure de travail vaut, en général, vingt fois sa valeur en soucis évités quand c'est bien fait. Et bonne nouvelle — une application divise ce temps par trois, ce qui enlève la seule vraie excuse qu'on se donne pour aller vite.
Une description vague sans image, c'est une retenue qui se transforme en litige de parole à la sortie. Le détail et la photo ne vous piègent pas : ils prouvent que vous notez tout. C'est tout l'objet de la valeur de preuve des photos.
La contrepartie des erreurs vues plus haut. Si vous ne deviez retenir qu'une liste, c'est celle-ci :
| À faire absolument | Pourquoi |
|---|---|
| Faire l'EDL en présence des deux parties | Sans contradictoire, pas de preuve |
| Relever tous les compteurs (+ photo) | Point de départ des consommations |
| Compter et détailler les clés | Un jeu manquant se facture |
| Allumer chaque lumière, tester ce qui doit l'être | Les pannes invisibles se paient à la sortie |
| Noter TOUS les défauts, même mineurs | L'exhaustivité est votre preuve |
| Photographier chaque élément | La description seule ne suffit pas |
| Faire signer les deux parties | C'est la signature qui scelle |
| Remettre un exemplaire à chacun + annexer au bail | L'EDL et le bail forment un tout |
| En meublé : inventaire détaillé du mobilier | Obligation légale (art. 25-5) |
J'ai réuni tout ça dans une check-list gratuite à télécharger et imprimer : d'un côté ce qu'il faut faire absolument, de l'autre les erreurs à ne jamais commettre, avec un rappel pièce par pièce. De quoi l'avoir en main le jour J.
Télécharger la check-list de l'état des lieux (PDF)Et pour l'état des lieux lui-même : générer un état des lieux gratuit (PDF paramétrable), ou passer à l'application pour les photos, la dictée et l'horodatage.
Oui. La loi du 6 juillet 1989 (art. 3-2) prévoit un état des lieux établi par les parties — aucun professionnel n'est imposé.
Oui, pleine, dès lors qu'il est contradictoire (fait ensemble), signé par les deux parties et annexé au bail.
Non. Le commissaire de justice est un recours (locataire absent, refus, biens à fort enjeu, sortie litigieuse), pas le mode normal.
Une à deux heures selon la taille du logement. Une application réduit ce temps d'environ deux tiers grâce à la dictée et au mode héritage.
Remettez le courant (immédiat avec un compteur Linky) ou prévoyez une seconde visite à la mise sous tension, en le notant dans l'état des lieux d'entrée.
En plus de l'état des lieux, la loi (art. 25-5) impose un inventaire et un état détaillé du mobilier, meuble par meuble avec son état, annexé au bail. L'électroménager fourni se teste réellement.
Oui, par un mandataire muni d'une procuration (l'art. 3-2 admet un tiers mandaté par les parties). À défaut, mieux vaut reporter que faire un état des lieux unilatéral, qui ne prouve rien. En cas de blocage, le commissaire de justice reste le recours.
Oui, le locataire peut demander à le compléter dans les 10 jours (et le premier mois de chauffe pour le chauffage), selon l'article 3-2.
Chaque partie garde son exemplaire, annexé au bail. Un état des lieux numérique est scellé par une empreinte (toute modification est détectable) et horodaté ; envoyez-vous-en une copie par email pour ne pas le perdre.
Faites un état des lieux photographié, signé et horodaté — seul, sans agence, en achat unique sans abonnement.
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